L'EMPLOYÉ DU MOIS : PIERRE-MARIE OULLION
Posté le 21.05.2014
par Martin Lacroix

Pierre-Marie Oullion est coordinateur artistique d'Arty Farty, du Sucre et du festival Nuits sonores. C’est un des piliers du lieu pour ne pas dire qu’il fait partie des mûrs.


Comment envisages-tu Le Sucre ?

P-M.O. : Le Sucre est l’émanation de l’esprit de Nuits sonores sur un lieu à long terme. Avec sa propre identité. Un lieu avec une situation spécifique du fait du rooftop, mais aussi une qualité acoustique très forte.

C’est un vrai laboratoire artistique sur les différentes esthétiques que l’on travaille. La culture club. La culture musicale en général. La musique électronique, mais aussi du rock, de la musique du monde… Mais Le Sucre c’est aussi des conférences et une réflexion autour de l’innovation culturelle, le graphisme… On essaie de véhiculer de différentes manières toutes ces cultures émergentes et urbaines. On souhaite que ce soit le temple de ces cultures.

Quel est ton premier souvenir du Sucre ?

P-M.O. : J’ai un souvenir marquant du dimanche soir avant l’ouverture. Je rentrais de week-end. La commission de sécurité devait passer le lundi et tout devait être prêt pour recevoir du public le mercredi. À quatre, il a fallu bouger des palettes à l’arrache pour que tout soit ok et que la commission nous laisse ouvrir

Quel est ton meilleur souvenir ?

P-M.O. : Il y a beaucoup de très bons souvenirs. C’est compliqué de faire le tri. Mais j’ai été marqué par la première du Roller Disco. Cela faisait des années que je rêvais de faire ce projet. On l’avait tenté il y a quelques années à la patinoire Charlemagne, sur le Circuit électronique de Nuits sonores. Mais ça avait été compliqué ! Ça a été génial de voir que c’était possible au Sucre. Le public l’a super bien accueilli. Ils étaient bluffés par ce dispositif. La sélection musicale et l’ambiance étaient géniales. Et franchement c’est un super souvenir. D’ailleurs à chaque fois que je rentre dans la salle les soirs de Roller Disco, je suis envahi par ce sentiment rafraichissant ; de sunshine et de smile !

Quel est ton pire souvenir ?

P-M.O. : Je n’ai pas vraiment de pire souvenir. Nous n’avons jamais eu trop de problèmes ou d’annulation de dernière minute. Mais je me souviens qu’une fois, je ne sais plus pour quel artiste, mais un assez important, on a eu l’alarme incendie qui s’est déclenchée, par erreur, en plein milieu. C’était l’enfer !




Quel est l’artiste que tu es le plus fier d’avoir programmé ?

P-M.O. : Il y en a beaucoup, mais le dernier en date c’est Todd Terje. Il était en pleine promo de son album et c’était le meilleur moment pour l’avoir. Je suis content qu’il nous ait fait confiance, qu’il ait choisi Lyon et Le Sucre pour sa release party. J’en suis très fier.

Quel artiste aurais-tu rêvé ou rêverais-tu de programmer ?

P-M.O. : Le truc impossible, j’aurais rêvé d’avoir les Beastie Boys à Lyon. Personnellement cela a été un des meilleurs concerts de ma vie. Sinon pouvoir faire un concert de Portishead ce serait le kiffe ultime. Parce que c’est une salle hyper intimiste, assez dark, brut et froide dans son architecture et ça colle vraiment avec ce son-là.

Quelle est la situation la plus compliquée que tu aies eu à gérer depuis l’ouverture ?

P-M.O. : Je pense que certains des plus jeunes n’ont pas compris l’état d’esprit du lieu et ce qu’on essaie de véhiculer culturellement. À certains moments, nous avons eu de vrais décalages avec ce public-là qui peut être violent. Et c’est nul de voir une baston. Nous sommes sur une culture d’ouverture complète. C’est pour ça que nous n’avons pas de physionomiste. On peut venir en tong si on veut… Du coup lorsqu’il nous arrive de nous retrouver dans des situations de boite de nuit classique c’est compliqué et ça nous attriste.

Comment imagines-tu Le Sucre dans 5 ans ?

P-M.O. : Pour moi le gros défi : être reconnu pour les projets et pas uniquement pour les noms des artistes qui viennent jouer. Ça passe par des choix de résidence sans faire venir de guest. Nous le faisons cette année avec Palma, un collectif que je trouve très intéressant à Lyon. Je souhaite que le Sucre devienne un endroit où les gens viennent les yeux fermés. Mais aussi, car nous avons plein de projets à venir, qu’il ne soit pas seulement perçu comme un club, mais comme un lieu culturel large où le public aime passer du temps.

Connais-tu la signification de l’expression : « sucrer les fraises » ?

P-M.O. : Oui. Je crois que c’est une expression à double sens. Elle vaut pour les personnes âgées qui ont la tremblote. Mais aussi pour les lendemains de biture difficile. J’ai d’ailleurs un ami qui sucre souvent les fraises…