Rencontre avec DJ Haram et Bearcat du collectif Discwoman
Posté le 06.09.2016
par Clément Bernard-Skalecki

Discwoman est une initiative qu'on apprécie tout particulièrement au Sucre. Le crew milite pour une représentation des femmes dans le milieu des musiques électroniques.
A l'occasion d'un plateau spécialement conçu autour du collectif, on est parti rencontrer deux productrices du crew.

Hello à toutes les deux ! Let’s get started : D’où venez-vous et qu’est-ce qui vous a amené à rejoindre le crew Discwoman, comment s’est réalisée la connexion ?


Dj Haram : Je suis DJ Haram, productrice autodidacte, artiste de noise et DJ de New Jersey. Au niveau de la connexion, les filles de Discwoman ont entendu parler de moi et m’ont demandé de les rejoindre. Comment refuser l’offre d’un crew aussi solide ?


Bearcat : Umfang [Emma Olson l’une des créatrices du collectif] - et moi avons des amis en commun et après s’être croisées quelques fois, elle m’a invité à jouer à un événement streamé sur le net en live. C’est là que j’ai rencontré Frankie [Decaiza Hutchinson, l’autre femme derrière Discwoman], j’ai trouvé ce set vraiment fun du coup j’ai continué à travailler avec cette bande. 

Discwoman réalise actuellement une tournée en Europe, avec des soirées dans des clubs très respectés : le Razzmatazz à Barcelone, The Yards à Londres, Institut fuer Zunkunft à Leipzig… Est-ce que c’est la première fois que vous venez en Europe ? Qu’est-ce que vous pensez du public ? Comparé aux US, est-ce que vous avez le sentiment que vos revendications ont le même écho ici sur le vieux continent ?


Bearcat : Je suis née et j’ai grandi à Londres, dans le sud de la ville, et j’ai vécu à Berlin de 2012 à 2014. J’ai aussi déjà tourné en Europe, mais dans une formation live avec des musiciens. Pour moi, les villes en Europe sont moins policées en comparaison avec les Etats Unis, il est plus facile de « faire la fête » globalement parlant. C’est plus facile et moins cher de se saouler, avec moins de risques liés, ce qui aboutit à plus de liberté, pas seulement sur les dancefloor mais aussi dans les rues, les parcs ou même les bancs ! Tandis qu’aux USA, si tu te fais prendre en train de boire en public, tu as une amende, tu vas au tribunal… Si tu es une personne de couleur, tu risques ta vie à chaque fois que tu interagis avec la police, littéralement.

Cela étant dit, même si ici tu ne subis pas un contrôle permanent de la part de la police, les gens qu’on désigne comme « Européens » n’ont aucun souci lorsqu’il s’agit d’exercer leur pouvoir sur les personnes de couleur. Ici, ça m’arrive souvent d’être la seule personne dans une pièce à être non-blanche, donc à partir de là lorsque cette personne se trouve être la DJ, je pense que c’est un acte politique en soi. La plupart du temps, c’est quelque chose que le public européen ne peut pas comprendre à moins de l’avoir expérimenté soi-même. Mais malgré cela, j’adore occuper cet espace et faire bouger les gens… par contre, par pitié, arrêtez de demander à toucher mes cheveux !!!

 

Dj Haram : C’est ma première fois en Europe exact ! Le public est top. En revanche comme Bearcat, à l’extérieur du milieu club et des micro-environnements similaires, je trouve que les gens sont souvent hostiles vis-à-vis des personnes de couleur et ne semblent pas avoir de respect pour le travail culturel que nous sommes venues faire. Mais encore une fois les publics pour lesquels nous avons joué se sont montrés hyper énergiques et encourageants. Je pense qu’en termes d’affirmation de soi, les américains ont deux ou trois trucs à apprendre des européens.


Rentrons un peu dans des thématiques plus politiques. La course à la présidentielle américaine est très suivie ici de l’autre côté de l’Atlantique. Pour la première fois de l’Histoire, votre pays a une chance d’élire une femme au poste suprême. Est-ce que vous pensez que l’élection d’Hillary Clinton pourrait d’une certaine façon aider à la diffusion de vos idées, dans une sphère aussi spécifique que celle de la scène des musiques électroniques ?


Bearcat : Non les femmes gouvernent déjà la planète, il faut juste que le reste du monde l’accepte.

DJ Haram : Moi non plus je ne suis pas du tout d’accord. Hillary surfe sur la popularité des thématiques féministes, mais elle n’apportera jamais autre chose que du négatif à la vie des femmes de couleur, qui ont un rôle central dans la culture de la dance music, comme chacun devrait le savoir. Une femme néo-libérale qui prétend être de gauche ne sera jamais d’aucune « aide » pour ce que je défends. 

Merci pour ces réponses ! Un mot de conclusion  ?


Bearcat : Oui, bookez-moi !