Mad Rey & LB aka Labat : Deep Generation
Posté le 02.12.2016
par Clément Bernard-Skalecki

Leurs sorties respectives sont avidement commentées, leurs écuries s'appellent D.KO, Groovedge ou encore Red Lebanese... Mad Rey et LB aka Labat appartiennent tous deux à cette jeune génération de producteurs incarnant le renouveau de la house made in France, à travers cet axe Paris-Lyon qui nous enthousiasme chaque jour un peu plus.

A l'occasion de leur venue pour Children Of The Drum où ils joueront en live, le Sucre a rencontré ces deux disciples de la deepness pour parler de leurs projets, leurs visions de la musique ou encore de leurs statuts respectifs.

 

- Salut à tous les deux ! Vous êtes tous les deux proches aussi bien musicalement que personnellement, comment vous êtes-vous rencontrés ?

Mad Rey : On s’est rencontrés à Paris dans une fête organisée par D.KO à la plage du Glazart. Il était invité par la team, via les mecs de Groovedge que je connaissais déjà un peu. Le feeling est tout de suite passé.

LB aka Labat : Yo...

 

- Vous avez un projet live collaboratif avec Neue Grafik : Raheem Experience, comment ça s’est fait ?

MR : Ça s’est fait naturellement, je connaissais déjà Neue Grafik, c’est un pote. On s’est bien entendus et on s’est dits qu’on devait faire de la musique ensemble, tout simplement.

LB : Yup...

 

- L’expérience live ça vous apporte quoi au niveau artistique, musical et émotionnel en tant que « plus-value » vis-à-vis du djing ?

MR : On a un rapport plus intime et plus sincère à la musique qu'on joue évidemment. C’est plus écrit, plus de travail, c’est aussi ça qui est intéressant. En ce qui me concerne j'essaye de freiner un peu les performances live car ça me crève mais aussi parce que je bosse sur beaucoup de projets parallèles. Je pense qu’avec Raheem c’est pareil, on essaye de ne pas trop trop jouer, ce qui nous intéresse surtout, c'est d’enregistrer des morceaux en studio et de jouer entre nous.

LB : C’est simple, avec Raheem on se voit quand on peut, on se cale dans le studio de tel ou tel, on boit du rhum et on fait des tracks, ça se passe très naturellement (cf. photo du haut).

 

- Donc on peut s’attendre à des sorties de ce projet là prochainement ?

MR & LB : Sans doute oui...

 

- Par rapport à Pablo Valentino : Vous avez déjà joué avec lui au Sucre, quel est votre lien musical par rapport à lui ?

LB : Pablo je le connais depuis plusieurs années, ça a commencé à Strasbourg. Je me souviens, la première fois que je l’ai rencontré il organisait une teuf et invitait un gars de Darker Than Wax. Il y a eu une inondation dans le club, on s’est tous retrouvés chez lui après pour continuer la teuf ! Pablo c’est mon big brother... il en faudrait plus des gars comme ça, big up !

MR : C’est une figure importante, respectable et respecté. Il fait un boulot monstre pour faire vivre la bonne musique en France.

 

- On sent que vous cultivez pas mal un sens de l’autodérision et de l'absurdité. Mad Rey, tu as introduit un de tes tracks avec du Claude François, tu remixes PNL, tu passes du MHD dans tes mixs. Labat, tu cultives également une certaine décontraction. Vous trouvez que la scène a tendance à trop se prendre au sérieux ?

MR : J’en sais rien, j’ai pas vraiment de regard là-dessus. Je fais partie intégrante de cette scène parce que je joue beaucoup, depuis un petit bout de temps. Je me suis fait un peu reconnaître pour certains morceaux que j’ai sortis, et d’ailleurs ce n’est pas grand chose.

 

« Ce qui me passionne c'est de pouvoir créer des jonctions entre ce qu'il y a de "niché" ou genre "underground" et ce qu'il y a de "populaire". »

 

Je prends beaucoup de liberté parce que j’ai une vision de la musique qui est très globale, je n’ai jamais composé que de la house, ou que de la techno ou que du hip-hop… je n’ai jamais réussi à me tenir à un style. Surtout que mes amis proches ne sont pas trop branchés house et écoutent principalement du rap - moi aussi finalement -, ils sont pas spécialement branchés soirées. Donc forcément, je suis influencé, mais au-delà des influences, j'ai développé un réel intérêt pour la notion de dialogue dans la musique. J'aime créer des liens entre styles, genres, époques, cultures.



Ce qui me passionne c'est de pouvoir créer des jonctions entre ce qu'il y a de "niché" ou genre "underground" et ce qu'il y a de "populaire". Les codes sont brisés aujourd'hui, tout se mélange, il suffit d'assister à une ou deux bonnes soirées à Londres pour s'en rendre compte, ils sont quand même vachement dans le turfu les anglais...

Donc, je ne pense pas que la scène se prend trop au sérieux, au contraire. Cependant elle sature de toute part, à cause et grâce aux réseaux sociaux et à internet avant tout, mais aussi à cause et grâce à de nombreuses figures qui agissent dans le bon sens. Tant mieux j'ai envie de dire.

Enfin, c'est aussi pour ça que personnellement - je pense que c'est aussi le cas pour mamen Labat - j'ai le sentiment que tout ce qu'on partage est d'une sincérité forte. On ne se sent pas du tout dans un "game". Fuck le game, c'est pour les ptits cons.

LB : C'est clair, c'est pour ça que j'aborde les choses en restant détendu... on est là pour passer un bon moment, non ? Danser, regarder autour de nous, échanger des regards avec des gens qu’on ne connaît pas... Le DJ est un repère pour tout le monde, qui ne bouge pas, il reste là au même endroit... Au final il ne se passe pas grand chose derrière les platines, on n'est que passeur de vibes sonores. Par contre un gars qui se ramène avec un Rhodes, une batterie etc ... il y a plus de choses à voir.



Je trouve que c’est assez facile de rendre les gens fous sur le dancefloor en jouant des morceaux efficaces, aller les faire danser sur une musique qu’ils n’auraient jamais cru entendre dans un club a 4h du mat', ça c’est le principal pour moi. Ce que je remarque, c’est qu’à chaque fois que j’ai vu jouer des gars comme Theo Parrish, MCDE , Pablo ou Lotfi, je retrouve l'ambiance que je recherche et que j’ai décrite au-dessus. Après c’est une question de goût aussi, tout simplement...

 

- Vous avez un exemple de disque qui coûte que dalle mais qui fonctionne à chaque fois sur un dancefloor ?

MR : Un truc que je joue et que j’ai acheté 3€ il y a vraiment très longtemps pour le coup, dans les premiers skeuds que jai achetés : c’est un disque de Zulu Nation de Alan Baratt, à l’ancienne. C’est un peu tribal house avec des percussions et tout… Je joue pas mal les morceaux de ce disque. À chaque fois ça défonce, y’a pas de galère.

LB :
Johnny Guitar Watson : Ain't That A Bitch... Sinon il y a aussi les démos des potos gratuites !!

 

« J’ai jamais vraiment sorti de la musique clubbing, il y en a d’autres qui font ça bien mieux que moi. Je propose juste ma vision de la deepness. »

 

- Vous avez tous deux un attachement marqué à vos scènes respectives, à travers les titres de vos morceaux, vos posts Facebook etc… Est-ce que vous sentez que vous figurez parmi les porte-étendards d’une nouvelle scène française, d’un renouveau ?

LB :
Je ne pense pas être un porte-étendard, de quoi d’ailleurs ? On n’a rien inventé. A la limite, on est les relais d’une certaine vibe, qui est éternelle avant nous, pendant et après.

Je propose juste d’être honnête avec la musique que je passe, sans capital sympathie. Du côté des productions , j’essaye de faire de la musique que j’entends rarement dans les bacs de disques quand je dig. J’ai jamais vraiment sorti de la musique clubbing, il y en a d’autres qui font ça bien mieux que moi. Je propose juste ma vision de la deepness.

MR : J’ai parfois tendance à sentir qu'on me présente comme un "porte-étendard", mais ce n’est pas une position que je désire spécialement. Et c'est surtout internet encore une fois qui fait sentir ça, mais en vrai c'est des conneries. Comme dit Labat, on n'a rien inventé, on propose simplement notre point de vue, notre dialogue, sans trop se prendre la tête.

« Les choses arrivent progressivement, mais il n’y a pas de buzz gratos. S’il faut mettre des porte-étendards, tant mieux si j’en fais partie, ça me fait plaisir. »

J’ai le désir de travailler, avec des gens qui me font kiffer, par affinité, avec un sens du collectif. Si maintenant j’en suis arrivé là personnellement, ce n’est pas pour rien, c’est parce que j’ai beaucoup bossé depuis plus de 7 ans. J'ai commencé par des projets vachement hip-hop au début, trip-hop, rap et expé, qui ont ensuite évolué vers la dance quand j'ai découvert MR G. et Kerri Chandler. Les choses arrivent progressivement, mais il n’y a pas de buzz gratos. S’il faut mettre des porte-étendards, tant mieux si j’en fais partie, ça me fait plaisir.

 

- Que pouvez-vous nous dire sur vos projets futurs ?

LB : Beaucoup de rhum et un EP de 5 titres sur D.KO records pour la rentrée. Je taffe sur un nouvel album aussi, bientôt terminé ! Et peut-être un truc avec Raheem Experience, on verra...

MR : Quant à moi, je termine actuellement quelque chose qui ressemblera aussi à un format L.P, sans pour autant que je puisse le considérer comme un album. Pour moi, ce sera plus un double EP. Sinon j’ai aussi le projet Red Lebanese : C’est une maison d’édition et un label de musique sur lequel je travaille depuis 4-5 ans avec des amis d’enfance. on a développé une plateforme d’échange sur laquelle on publie des livres de photos principalement. Red Lebanese, c'est aussi une partie musique : un petit label sur lequel on sort des cassettes, des mixtapes, des projets de potes… Tout est fait main.



A travers cette plateforme, on a développé un collectif avec un pote qui s’appelle Marcel : Babylon Rockers. Avec ça, on faisait des soirées avant et on a actuellement une émission axée reggae sur le Mellotron depuis 2 ans (le shit toujours et toujours, ya rien à faire quand t'est scotché, t'es scotché). Sinon, on tient notre squat La Volonté depuis un an sur Montreuil avec mes amis, où j'ai installé mon studio et l'atelier Red Lebanese. Enfin j'ai également pour projet d'écouter chaque morceau produit par mamen Labat, car ils m'emmènent dans d'autres sphères à chaque fois... La deepness poto, très important.


Mad Rey et LB aka Labat joueront tous les deux en live au Sucre samedi 03 décembre pour Children Of The Drum, la résidence de Pablo Valentino.