AFROBEAT : L'APRÈS FELA KUTI
Posté le 19.11.2014
par Loïc Marszalek

Fela Anikulapo Kuti, inventeur et pilier de l’afrobeat, est décédé en 1997. Sa disparition a ôté à ce mouvement musical, qui fête cette année ses 45 ans, sa figure de proue et, bien que la scène afrobeat internationale vive aujourd’hui sans réel leader, celle-ci fourmille d’artistes habiles et engagés, entre vieilles légendes et nouvelles têtes.


Fela, le « Black President » : leader respecté et martyr

 

C’est en 1969, à la sortie des ses études de musique au Trinity College of Music de Londres et après une rencontre avec Sandra Smith, militante activiste des Black Panthers, que le nigérian Fela Hildegart Ransome découvre les idées de Malcolm X et se hisse contre la dictature des juntes militaires et la corruption dans son pays natal. Il renoue avec ses racines, intègre le pigdin, langue parlée par une grande partie de son public africain, ralentit le tempo de ses morceaux jazz et funk jusque là remplis d’influences nord-américaines et y ajoute des rythmiques locales : l’afrobeat était né.

Dès lors, le succès de celui qui se faisait appeler le « Black President » fut immédiat auprès des classes ultra-populaires des ghettos de Lagos avant de s’étendre au delà des frontières, si bien que les tableaux socio-politiques dressés par Fela dans ses morceaux lui valurent de subir de multiples tortures et de nombreux séjours en prison. Martyr de toute une génération, Fela Kuti aura surtout marqué l’afrobeat par la qualité et le nombre de compositions (46 albums entre 1969 et 1992) qui ont permis d’enrichir et d’influencer la scène internationale, l’amenant à parcourir le monde accompagné d’une vingtaine de musiciens et choristes. Après une carrière musicale et politique en conflit constant avec les autorités militaires de son pays, Fela s’est retiré du devant de la scène en 1993 avant de décéder du sida, quatre ans plus tard.

Les amis, la famille : Tony Allen, Ebo Taylor, Femi et Seun Kuti

 

L’afrobeat est une grande famille ; et si Fela Kuti avait été élu à la présidence du Nigéria lors des élections de 1983 (sa candidature fut enrayée par des pressions gouvernementales), il y a fort à parier que son ami Tony Allen aurait trouvé une place dans son gouvernement. « Sans Tony Allen, il n’y aurait pas d’afrobeat », a déclaré Kuti à propos de celui qui fut son batteur et directeur artistique de 1968 à 1979. Depuis, Tony Allen, qui a collaboré avec des artistes de renoms de la trempe de Damon Albarn, U2, Flea, Paul Simonon et notre Sébastien Tellier national, n’a cessé de promouvoir et de faire vivre l’afrobeat, accompagnant sur scène Femi Kuti, fils aîné de Fela, puis son petit frère Seun Kuti qui a repris les rênes d’Egypt 80, groupe mythique créé par son père.

Si les origines de l’afrobeat sont fortement ancrées dans les terres nigériennes, le mouvement orchestré par Fela Kuti dans les années 1970 toucha une grande partie du Golfe de Guinée. Ebo Taylor, pionnier du mouvement musical au Ghana, s’est lancé dans l’afrobeat au début des années 1970, après avoir rencontré Fela à l’université à Londres et s’être intéressé, avec lui, au jazz et au bebop de Miles Davis et Charlie Parker. De retour au Ghana, Ebo a enregistré huit albums, jusqu’en 1982, d’une musique au croisement de l’afrobeat, de la soul et de la funk. Sa musique n’étant pas distribuée hors d’Afrique, Ebo Taylor s’est longtemps tenu éloigné de sa carrière musicale, avant d’y revenir à la fin des années 2000, à plus de 70 ans. Samplé par de nombreux producteurs hip-hop, le public Européen découvre peu à peu ce monument de la musique ghanéenne.

Sia Tolno : l’avenir du mouvement

 

De nos jours, le terme « afrobeat » fait l’objet d’un amalgame et beaucoup l’associent à l’ensemble des musiques provenant d’Afrique de l’Ouest, indépendamment du style musical et des revendications politiques et sociologiques qui ont fondé le courant. De cette multitude d’artistes labellisés afrobeat, Sia Tolno semble porter, avec Seun Kuti, la flamme d’une nouvelle génération pouvant prétendre fièrement appartenir au mouvement.

Touchée de plein fouet par la guerre civile au Sierra-Leone, son pays natal, qui sévit durant les années 1990, Sia Tolno s’est exilée et a vécu entre la Guinée et le Gabon. Remarquée par Pierre Akendengué en 2008, elle sort trois albums sur Lusafrica, le label de ce celui-ci, dont le dernier African Woman est sorti en juin 2014. Puisant dans les racines highlife, jazz et funk, les rythmiques traditionnelles et usant de paroles dénonçant ouvertement les inégalités sociales et les abus des régimes militaires d’Afrique Centrale, Sia Tolno est de loin l’artiste afrobeat la plus prometteuse de ces dernières années.

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