ETIENNE JAUMET ET ZOMBIE ZOMBIE ENTRENT DANS LA TRANSE
Posté le 25.11.2014
par Maxence Grugier

Au sein de son groupe Zombie Zombie, ou en solo, Etienne Jaumet est un acteur majeur de la scène électronique française, mais pas seulement ! Ingénieur du son, musicien au sein de nombreux groupes (Flóp, The Married Monk), le bonhomme est un hyper-actif fasciné par les musiques de transe, dont l’œuvre se déploie aux grés des rencontres et des collaborations. Comme ici, avec la cinéaste Narimane Mari, ou pour Nuits sonores à Tanger.

Etienne Jaumet

Etienne, « Loubia Hamra » ton dernier album au sein de Zombie Zombie est une B.O. Comment avez-vous rencontré la réalisatrice d’origine Algérienne Narimane Mari, et qu’est-ce que ça fait de faire une bande son pour un groupe qui, à l’origine, aime tant les B.O. ?

Etienne Jaumet : C’est elle qui est venue à nous. Elle nous a vus sur scène et elle a adoré. Après, l’élaboration d’une bande originale pour son film s’est faite naturellement. Ça n’était pas évident. C’est un film très personnel sur la guerre d’Algérie vue par des enfants. Mais cela s’est bien passé, principalement parce que nous avions carte blanche. Pour nous c’est formidable que quelqu’un nous propose enfin de travailler sur un film. C’est surtout extraordinaire que nous ayons eu une telle liberté. La plupart des réalisateurs prennent des morceaux préexistants. Narimane a préféré une œuvre originale. Nous sommes vraiment contents de cette collaboration.

Tu es présent sur la compilation ACID ARAB. Qu’est-ce qui t’a amené à participer à cette aventure ? La fascination de l’Orient, d’une autre culture, ton intérêt pour les musiques de transe ?

E.J. : A l’origine c’est une commande de Guido Minisky et Hervé Carvalho, des DJ qui nous ont demandé de composer autour de ces deux mots « acid » et « arab ». A ma manière je propose ici une lecture de la musique orientale vue à travers le prisme de l’électro. Ce genre de collaboration est propice au voyage. Un peu comme quand on prend l’avion, ce moment un peu étrange où l’on se projette déjà dans le voyage alors qu’on n’y est pas encore. On vit l’exotisme dans la carlingue d’un avion. C’est un peu ce que j’ai cherché à faire avec mon morceau « The Cheik Arrives ».

Tu reviens du Maroc où tu as participé, avec Zombie Zombie, à Nuits sonores à Tanger, le projet mené par Nuits Sonores. Qu’en retires-tu ?

E.J. : C’était très riche. Nous étions vraiment plongés dans l’ambiance de la ville. Nous étions au centre-ville, à côté de la Medina. On a pu travailler avec les gens sur place. Le public était très varié. Il n’y avait pas que des expatriés, mais toute sorte de gens. J’ai fait un concert en solo et un autre avec Zombie Zombie. Le premier a moyennement marché, mais le second a été un vrai succès. Le public a super bien réagi. Les percussions parlent à tout le monde, et là avec les deux batteries devant, les gens étaient fous. C’était vraiment énorme. Une belle expérience.

Sur « La Visite » ton deuxième album solo, on te sent vraiment toi-même, libéré de toute contrainte, de toute pression. Un feeling qui transparait totalement dans ta musique. Je me trompe ?

E.J. : Oui j’avais moins de pression que sur le premier. « Night Music » était un peu un challenge. Je devais prouver - et me prouver - que je pouvais faire de la musique seul. Là sur « La Visite », je voulais faire quelque chose de différent évidemment, c’est la seul contrainte que je me suis imposé. J’ai pu prendre des risques, comme avec le chant. Il y a plus de saxophone également.

Le disque est plus « organique » que le précédent, plus « terrien ». Malgré son approche électronique, on y sent des influences plus variées : jazz éthiopique, world, il y plane l’ombre de Sun Ra, ou de Mulatu Astatke, le père de l’Ethio-jazz...

E.J. : Oui c’est vrai. Je voulais garder un aspect improvisation. Tout est très spontané sur « La Visite ». Très intuitif. Je souhaitais garder l’étincelle, l’énergie de la création. Je fais parfois des erreurs, mais j’aime le côté naturel de l’ensemble. Cela vient aussi de Jérôme Caron aka Blackjoy, qui a fait un travail merveilleux au niveau de la masterisation. Lui aussi a senti, comme toi, ce côté naturel et spontané, et il est resté très fidèle à cet esprit.