DISCOSTORY#1 : DES MUSIQUES CLANDESTINES AU TWIST CHEZ RÉGINE
Posté le 28.11.2014
par Loïc Marszalek

La musique Disco, symbole de la décennie seventies, époque de Starsky & Hutch, de The Trammps et de la naissance de Village People, a, bien loin de l'image gaie qui lui colle à la peau, toujours évolué dans un climat des moins radieux. Retour sur la genèse de son esthétique sous l'occupation allemande.

Discostory

En 1976, les Trammps chantaient, à propos des discothèques, que ce sont les lieux "where the happy people go" ("où vont les gens heureux") ; mais discothèques et mécontentement sont bel et bien toujours allés de paires, preuve que la bande de Jimmy Ellis ne percevait, comme beaucoup, que la couche de luxure qui recouvrait la misère. Symbole des années 1970, à New-York d'abord, en Europe ensuite, l'esthétique disco a néanmoins connu sa genèse durant la première moitié du vingtième siècle.

Les Swings, Zazous et Schlurfs

 

Nous sommes en pleine Deuxième Guerre Mondiale, Paris est occupée et la jeunesse Allemande est contraint de rejoindre, selon son sexe, les Jeunesses Hitlériennes ou la Fédération des Jeunes Filles Allemandes, de se couper les cheveux façon militaire ou d'arborer des tresses à la Heidi.

Face à l'homogénéisation de cette jeunesse, quelques mouvements informels, parmi lesquels les "Swing Jungend" se sont opposés, dans leur faible mesure aux règles draconiennes qui leurs étaient imposées. Arborant vestes de sport anglaises à carreaux, chapeaux en feutres mou et des cheveux bien plus longs que la loi le leur permettait, ces jeunes allemands se retrouvaient pour danser, parfois avec deux personnes en même temps (!), autour de sonorités alors qualifiées de "musique de jungle de nègres et de youpins américanos" (Mike Zwerin, Swing Under The Nazis, 2000), dans des bars, dans un premier temps, puis, chassés par la Gestapo et Heinrich Himmler, dans des affaires clandestines montées à la hâte selon les disponibilités de gramophones et de disques swing : l'esthétique disco connaissait là son point de départ et le disc-jockey sa première apparition.

Swings

Très vite, la jeunesse européenne, les Schlurfs de Vienne, les Potàpki de Prague et, surtout, les Zazous parisiens, apporte à ce mouvement un écho à l'échelle du continent.

Fuyant les lieux prisés par les officiers Nazis qu'étaient le Moulin Rouge et le One Two Two, les Zazous, les résistants et les intellectuels se voyaient alors contraints de se réunir dans des lieux plus "underground". La Discothèque, petit club situé dans une cave rue de la Huchette, était l'un de ces lieux qui a émergé sous l'Occupation et qui, la guerre s'intensifiant et les Allemands contraints, par manque de ressources, d'assouplir les interdictions, se sont multipliés, entraînant un essor de "bals clandestins".

La légèreté d'après-guerre

 

Le Whisky à Go-Go, qui a donné en 1964 son nom à un homonyme situé à West Hollywood, fut, dès 1947, le plus important night-club parisien d'après-guerre et ce jusqu'à l'ouverture de Chez Régine, lieu bien plus extravagant qui comptaient des habitués d'envergure : Brigitte Bardot, Salvador Dali, Rudolf Noureev et Georges Pompidou. C'est d'ailleurs en ce lieu que naquit le concept de soirée à thème, dont les invités n'hésitaient pas à repeindre leur Rolls Royce pour l'occasion. La notion même de discothèque et tout ce qu'elle avait impliqué au départ s'éloignaient petit à petit.

Alors que beaucoup attribuent l'arrivée du twist en France à Johnny Hallyday ou Eddy Mitchell, selon la légende, en 1961, les acteurs de West Side Story, alors en tournée, seraient passés chez Régine avec quelques disques de twist et, quelques temps après, toute l'Europe branchée le dansait.

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Au delà du fait qu'il était joué en boucle dans les discothèques américaines et européennes, le twist fut une révolution en terme de danse, mutation fondamentalement déterminante pour le futur de la culture disco. Feu Albert Goldman, auteur spécialisé dans l'industrie musicale américaine, déclarait par ailleurs que "le twist a écrasé tous les anciens modèles chorégraphiques en proposant un type de danse sociale entièrement neuf, à exécuter seul ou à deux, sous forme de pas sur place plutôt qu'en mouvement, qui évoquent quelqu'un en train de se frotter à une serviette, et que tout le monde peut apprendre". Contrairement à toutes les danses à durée de vie limitée (stroll, walk, Madison, shimmy…), le twist s'imposa comme un mouvement culturel, si bien que le président J.F. Kennedy organisait des soirées twist à la Maison Blanche.

Issu du swing et du bop, et paradoxalement à leurs antipodes, le twist est une danse qui ne nécessite pas de connaître son partenaire, exige peu d'espace et se danse aussi bien en solo qu'en foule chaotique. Vous les sentez arriver, les ambiances disco et club ? Presque quinze ans avant la sortie de Love To Love You Baby (1975) de Donna Summer, et sans pour autant rivaliser avec les décors du mythique Studio 54 à New-York, le climat de la disco s'installait déjà graduellement.