LA CUMBIA, DE LA TRADITION À LA DÉGLINGUE
Posté le 02.12.2014
par Lisa Burek

En 1950, dans les bars de Barranquilla à Cali, les colombiens se pressent aux portes des soirées populaires. Un mot sur leurs lèvres : cumbia. Un métissage culturel, une histoire traversée par d’autres histoires, une épopée racontée, dansée, chantée dont les racines s’étendent depuis le XVIIème siècle au nord de la Colombie pour arriver, bien plus tard, dans les oreilles européennes. Voyage en terres sacrées.

Los Gaiteros de San Jacinto

Bals populaires, danses de rues et campagnes colombiennes

 

Des rythmes qui rappellent les saveurs de la musique africaine, des instruments qui enfièvrent la côte atlantique colombienne et caribéenne, des textes qui surprennent les poètes : c’est un peut tout ça, la cumbia. Mélange gracieux de trois cultures - africaine, espagnole, indigène-, la cumbia se danse autant qu’elle se chante, se ressent autant qu’elle s’intellectualise. Car des rythmes exutoires apportés par les esclaves noirs du temps des colonies à la poésie espagnole, il y a un monde. “La cumbia a longtemps été méprisée par les élites, car identifiée aux bas-fonds et aux classes populaires”, rappelle Michael Magliocchetti, guitariste du groupe Chico Trujillo à un journaliste de Libération. Un appel aux joies sans lendemain. Quand il s’agissait de faire la fête, on ne pouvait s’en passer, pauvres comme riches”.

Disco Fuentes, Lucho Bermudez et Alex Acosta

 

C’est en 1950, avec l’artiste Lucho Bermudez, que le genre s’intronise dans les rangs du marché musical. Danza Negra” en sera le premier morceau enregistré. Les choses se bousculent alors. La création du label Disco Fuentes permet une diffusion qui rivalise avec les groupes occidentaux implantés. On danse avec Alex Acosta, Juan Lara, Ahumerle Vertel et Tomás Vertel.

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La cumbia se décline très vite en une multitude de variantes. On parle de cumbia Santena , Mejoranera, cumbia Coclesana... Les différences se jouent principalement sur les instruments traditionnaux utilisés (des caña de millo aux gaitas) et les rythmes syncopés.

Puristes, maté et électrocumbia

 

Beaucoup d’intellectuels de l’époque percevaient - ou voulait percevoir- une forme “pure” de la musique cumbia. Son émergence rurale se voulait préservée de l’influence urbaine. Les puristes seront déçus : la cumbia devenait déjà un outil d’inspiration par ses rythmes plutôt qu’une musique à part entière. Los Gaiteros de San Jacinto est représentatif de cette hybridation cumbienne : de leurs débuts dans les années 70 à leur prix au Latin Grammy en 2007, leur cumbia s’est considérablement modifiée, au détriment de la tradition, diraient les puristes, mais avec une texture nouvelle non moins intéressante. Cette hybridation est d'autant plus remarquable avec l'attribution du genre dans les musiques électroniques, notamment en Argentine. Le quartier Palermo et sa bande déglinguée Zizek en est pour quelque chose. Des soirées, d'abord, de beats nerveux mélangés à la cumbia traditionnelle, puis un véritable mouvement. L'Amérique Latine voit sa jeunesse baignée dans le maté et l'électrocumbia – ou digital cumbia, c'est selon – avec des artistes comme Mariana La Yegros, Pablo Seman, Pedro Canale... Et le label ZZK Records en fera son cri de guerre. La crise de 2001 influence les paroles, quand il y en a, et l'ambiance du mouvement. Les sons sont à l'ivresse déjantée, l'engagement politique, ou le jemenfoutisme tordu.

Mais la diversité se retrouve, le métissage originel est finalement toujours dans les veines, comme intrinsèque à toute création de la cumbia et ses variantes. C’est sans doute ça, la cumbia : une couleur sanguine qui reste malgré tout.