ON VEUT DES TIGNASSES AUX PLATINES
Posté le 08.12.2014
par Lisa Burek

“L’électronique, c’est une histoire de mecs”, Jean-Yves Leloup, ancien rédacteur en chef de Coda, n'y va pas par quatre chemins. Un rapide tour d'horizons de la scène techno affiche pourtant un constat qui ne date pas d'hier : les hommes mènent la danse. Pour autant, la gente féminine aussi s'affaire derrière les tables de mixage.

Chloé

Chloé, DJ signée sur le label parisien Kill The DJ

Queer féminin, gender bending et Terre Thaemlitz

 

Gabi habite à une heure du downtown de Detroit, banlieue pavillonnaire loin des friches urbaines. D'origine allemande, elle s'installe avec ses parents à 7 ans dans la ville américaine. Ce qu'elle fait ? Dj, ou djette, ou femme dj. Les termes balbutient encore et en disent long sur le paysage de la scène techno : quand on pense DJ, on pense à un homme, quoiqu'on en dise. Gabi est signée sur le label détroitien Women On Wax : un (rare) label avec des femmes aux platines.

En solitaire, Terre Thaemlitz est une figure du milieu : son travail de DJ au féminin va au-delà de la création musicale. Il est politique, engagé, enragé. De l'autre côté de l'Atlantique, à Paris, Kill The Dj déballe son militantisme queer féminin assumé et déballe pêle-mêle ses flyers au design postsituationnistes déjantés. Ces nanas-là, si elles font parties du monde techno, ne se ressemblent pas, n'ont pas le même son, ne se connaissent peut-être pas. Et pourtant, leurs idées forment une connivence évidente dans le milieu. Le murmure se propage. Derrière la plastique, il y a le talent.

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Techno, socio, ado

 

S'il est acquis que les hommes furent les premiers à s'emparer des machines pour en triturer le son, l'arrivée des femmes de le milieu de la techno coïncide avec sa démocratisation. Démocratisation que l'environnement social a permis : le féminisme et ses idées ont, indirectement, ouvert les portes d'un univers culturel masculin. Les changements sociologiques ont alors un temps de décalage : il faut quelques années pour introduire un leitmotiv militant. Si Patti Smith dans l'univers rock a pu crier ses poèmes sur les riffs de guitare de Lenny Kane le 10 février 1971 à la Saint Mark ‘s Church, c'est parce que le genre avait déjà eu le temps de grandir, de mûrir. La techno, elle, est plus récente et sa féminisation encore timide.

Ce n'est, finalement, que depuis une vingtaine d'années que l'on peut faire remonter les premières touche féminine dans la techno. Pionnière du genre en France, Miss Kittin est maintenant reconnue. Aux Etats-Unis, et en particulier à Chicago, Marea Stamper multiplie ses talents : DJ, productrice, programmatrice... L'artiste impose sa féminité avec naturel, quand d'autres se battent pour la revendiquer. Et ça tombe bien car elle viendra délier ses doigts sur le rooftop du Sucre le 12 décembre prochain.