CREME ORGANIZATION, LA TECHNO D'HIER ET DE DEMAIN
Posté le 26.12.2014
par Lisa Burek

Il y a quatorze ans, l'underground électro a vu naître un jeune loup devenu grand : la Creme Organization. La clique de DJ TLR s'affirme dans cette veine de techno dark que les artworks de Mehdi Rouchiche (Godspill) encadrent avec subtilité. Focus sur le label et les souterrains d'une écurie de génies freaks.

Creme Organization

Des punks, des squats et de la techno

La Hollande a sa fierté électro et elle s'appelle Creme Organization. Dans une interview pour Resident Advisor, Jeroen Van Der Star (alias DJ TLR, donc) se rappelle les débuts de la Creme et le milieu dans lequel elle s'est crée. Leiden et La Haye dans les 90's, 00's : comme un regain d'ère punk sur fond d'indus acide et techno hard. Dans n'importe quel lieu cheap de La Haye que Jeroen Van Der Star et son pote Guy Tavares (fondateur de Bunker) pouvaient trouver, les raves s'enchaînaient sans commune mesure. « There was no control, no security, no door people, nothing ». Un mélange de goths, de nerds, graffeurs, vieux punks, skinheads. Les soirées, les réseaux, le booking et la production étaient DIY, à contre-pied d'une industrie électronique en plein essor. “The people involved come from a punk background, an 80s DIY mentality, it’s a very strong attitude from Creme and Bunker”, (-les gens impliqués viennent de l'univers punk, une mentalité du DIY. C'est une sentiment très fort de la Creme et du Bunker) explique t-il au journalite Richard Brophy.

Global Darkness, les States et des freaks

La ligne artistique ? Des flirts avec Aphex Twin aux contours bruts (Marquis Hawkes) aux thèmes de nerds dont les adeptes de jeu de rôles raffolent (Legowelt), le tout chalopé avec un background punk hard. Petit à petit, la Creme commença à prendre la marche de la reconnaissance internationale. Et c'est sans aucun doute grâce à la création du site Global Darkness par Jeroen et sa bande que l'explosion worldwide s'est véritablement ancrée dans le milieu. Nom dérivé des parties organisées à l'époque par DJ TLR à La Haye, ce forum (et, petit à petit, véritable base de données) permettaient aux amateurs de discuter, échanger, partager leur passion sur le milieu techno avec les artistes de la clique, rencontrer des organisateurs, d'autres créateurs, ou même de s'embarquer dans une fameuse «section freaks » dirigée par Kassem Mosse. Le site leur a permis, entre autre, de faire connaître leur musique aux Etats-Unis et d'aller sur les routes des clubs américains en 2001.

Jeroen Van Der Star, l'homme qui ne voulait pas produire

Jeroen Van Der Star s'est ensuite lancé dans l'aventure. Ses motivations ? Une envie de pouvoir créer un projet qu'il contrôle. Se produisant beaucoup en tant que DJ mais ne sachant pas vraiment où il allait, l'artiste voulait laisser une trace, avoir quelque chose à montrer. Et s'il ne s'est pas tant impliqué dans la production, c'est qu'il a toujours préféré faire le DJ. “I don’t put the time into producing to be able to pursue it as a musical career and anyway, first and foremost, I like to DJ”, (- je ne m'implique pas tant dans la production pour pouvoir continuer ma carrière musicale. Et puis, de toute façon, j'aime avant tout être DJ). Après une chute des ventes et d'énergie il y a cinq ans, la Creme n'a cependant cessé d'être une référence. Aujourd'hui, les artistes des débuts s'ajoutent aux pointures qui passent par la Creme. Marquis Hawkes l'illustre bien.

Marquis Hawkes, de Dixon Avenue Basement à la Creme

On ignore beaucoup de choses de l’homme qui se fait appeler Marquis Hawkes, jusqu’à son nom. Actif depuis 2012, il possède un talent indéniable qui l’a amené à sortir des 12’’ sur des labels prestigieux : du glaswégien Dixon Avenue Basement Jams à l’hollandais Clone Records, et, donc évidemment sur Creme Organization.

En 2013, Hawkes développe un side-project sous le nom de Juxta Position et sort sur Mistress Recordings, label de DVS1, un trois titres dont la piste A, Mercy, résonne encore dans nos esprits. Avec Juxta Position, il s’éloigne de sa house brute pour explorer des ambiances plus sombres à l’aide d’une techno ponctuée de samples vocaux méthodiquement disposés. Les mélodies vont voir du côté d’Aphex, mais la dureté du rythme et les sub-bass rapellent que c’est bel et bien Hawkes qui tient la baraque.

Depuis, Marquis Hawkes a repris son pseudonyme empli de noblesse et est revenu le 29 septembre avec Fifty Fathoms Deep, EP qui marque ses début chez Houndstooth, émanation passionnante de Fabric Records dont la direction est en partie assurée par Rob Booth d’Electronic Explorations. Pour chaque artiste signé sur le versant techno de Houndstooth (Akkord, Special Request, Call Super), il semblerait qu’un nouvel artiste fasse ses armes sur un versant quasi-opposé, dont le seul but est de faire danser les foules des heures durant : Marquis Hawkes est de ceux-ci.

La Creme et ses artistes sont de cette ère floue que la scène musicale, de manière générale, a encore du mal à classer, étudier, disséquer. Comme une appellation de no man's land que l'on utilise parfois à tord. La preuve en est avec le collectif qui, les paris sont lancés, présage déjà de figurer dans les références de la prochaine génération.