CHANTAL LA NUIT : "ÊTRE UN(E) GARÇON SAUVAGE, C'EST ÊTRE LIBRE !"
Posté le 29.01.2015
par Maxence Grugier

Ambiance cabaret, sélection musicale pointue, spectacle garanti, ainsi vont les soirées organisées par le collectif Plus Belle La Nuit. Rencontre avec Chantal La Nuit, personnage incontournable et acteur militant de la vie nocturne queer lyonnaise, instigateur/trice des fameuses soirées Garçon Sauvage au Sonic et pour la première fois au Sucre ! Queer On Top !

Garçon Sauvage

Photo : Sarah Fouassier / Sottises #0

Chantal, qu’est-ce qui t’as donné envie, au départ, de créer les soirées Garçon Sauvage et, en amont, comment est née l’association Plus Belle La Nuit ?

Chantal La Nuit : J’ai gravité pendant plusieurs années dans le milieu gay que je trouvais « superficiel ». La musique était souvent de mauvaise qualité, commerciale donc sans grand intérêt. Les mecs s'y regardaient en chien de faïence, il y avait peu de mixité et je m’y ennuyais. Il n’y avait ni ambiance, ni ambition culturelle. Tu étais juste là pour draguer dans un clair obscur enfumé.

Pour moi la culture et la créativité sont importantes : j’ai fait les Beaux-arts à Lyon, j’aime l’art contemporain, la musique underground, indépendante, les DJs défricheurs. Il me manquait concrètement quelque chose que je ne trouvais manifestement pas : être surpris par une bonne programmation dans un lieu où je pouvais m’exprimer en toute liberté, sans devoir me conformer à des stéréotypes mainstream. Je me sentais piégé, je n’avais pas d’autres références gay. Je pensais qu’être PD c’était ça, avant de découvrir les politiques queer qui m’ont ouvert à un univers esthétique et musical riche, nuancé et engagé.

J’ai vite compris que pour être libre, il fallait que je reste moi-même et que la fête était un des meilleurs média pour véhiculer cette idée. Il y a une dizaine d’années, j’ai alors conçu, avec une poignée d’acolytes, Middlegender, soirée événementielle pop-rock transpédégouines, concept qui n’existait pas à Lyon à l’époque. Ça a été un succès immédiat ! Cette structure a existé 6 années et a ouvert le chemin de l’underground pédé à Lyon.

Puis, avec le temps, mes goûts et ceux du public ont évolué vers des ambiances moins cérébrales, plus funs et plus électroniques. Plus Belle La Nuit, comme un appel à l’hédonisme, s’est imposé avec évidence. Bunny Slut Club, soirée Néo-Palace au public bigarré et costumé, est la première soirée de ce collectif de 4 années. Nous avons par la suite créé les soirées Garçon Sauvage qui ont lieu un vendredi par mois sur la péniche du Sonic dans le 5e arrondissement.

Quels sont tes souvenirs de ces soirées ?

CLN : Bunny Slut c’était complètement fou ! Très libre. J’ai des images très vives de ces soirées quand j’y repense. Les gens se roulaient littéralement par terre et le public applaudissait, euphorique. C’était intense, dans une ambiance électrique, totalement libérée avec des costumes dingues. On ressentait un vrai engouement pour se déguiser, se travestir, incarner un personnage. Cela répondait totalement à un besoin du public et à la volonté politique de Plus Belle La Nuit : créer un maximum d’interactions entre les participants, dans un vrai projet culturel, et créer un moment où les gens vivent une liberté d’être totale. Il y a encore trop de personnes, dans le milieu homosexuel, qui sont enfermées dans des carcans, qui respectent des codes de virilité pour se faire accepter auprès des autres mecs (l’inverse existe aussi avec les filles). Notre but est vraiment de faire exploser ces codes normatifs et oppressifs.

Du coup, j’imagine que vos soirées sont aussi « hétéro-friendly » ?

CLN : Bien sûr, totalement ! Nous sommes ouverts à toutes et à tous. Garçon Sauvage est une soirée mixte en termes de genres, de sexualités, de goûts représentés, de niveau social et d’âge. C'est suffisamment rare pour être précisé.

Tu expliquais que l’envie venait aussi d’un manque côté musique. Aujourd’hui, quelle est la couleur musicale des soirées Garçon Sauvage ?

CLN : L’éventail musical reste assez large mais nous nous concentrons actuellement sur un prisme plutôt électronique. Cela va de la pop synthétique en passant par l'indie-dance et la techno. On est capable de passer un morceau de Britney Spears, si c’est le moment, et de le mixer avec quelque chose de complètement différent, musicalement plus pointu. C’est ce qui fait que nos soirées sont si caractéristiques : nous évoluons dans une direction artistique intuitive et ultra-décomplexée. Chaque soirée est conçue en fonction de l’ambiance de la soirée précédente. C’est comme une série avec plusieurs saisons.

Qui sont vos résidents ?

CLN : Actuellement ils sont deux : Il y a David Bolito et L’Homme Seul, auxquels vient parfois s’ajouter Vyet, une jeune fille qui ressemble à un joli petit garçon qui nous fait de merveilleux set "électro-tek". Autour, gravitent d’autres personnages, artistes, DJ, qui viennent régulièrement jouer aussi pour nous.

Et les soirées au Sonic, comment ont-elles commencées ?

CLN : Le Sonic est un lieu que j’aime. J’aime les gens qui le tiennent, leurs goûts en matière de musique et leurs soirées new-wave (les mythiques Dark 80's, par exemple). J’y vais souvent. L’endroit est idéal pour développer une atmosphère et c’est ce que nous recherchions pour Garçon Sauvage. Sa configuration en fait un lieu atypique et en ce qui concerne l’interaction et la convivialité entre les gens, cela fonctionne parfaitement. Il faut dire que chacune de nos soirées, que ce soit Bunny Slut Club, que l’on fait encore une fois par an, ou Garçon Sauvage, convoque différentes esthétiques. L'endroit dans lequel elles ont lieu est donc très important. Cela conditionne vraiment l’ambiance de la fête.

Et en ce qui concerne Le Sucre, comment en es-tu arrivé à organiser une soirée sur le rooftop ?

CLN : C’est en fait un hasard. J’ai rencontré Pierre-Marie et bavardé avec lui sans savoir qu’il était coordinateur artistique du Sucre. Je lui ai parlé de mes projets et de la passion que j’y mettais et je crois qu’il a été séduit. Il m’a proposé de se rencontrer pour parler de la possibilité d’organiser une soirée au Sucre, et voilà ! Nous donnons dans cette grande salle la soirée du 31 janvier. C’est notre première grosse date en termes de jauge. C’est excitant !

Quel sera le programme pour cette première ? Quelque chose de spectaculaire, j’imagine ?

CLN : Ce sera toujours la même formule musicale avec nos DJs résidents. Nos soirées sont dans un format cabaret avec un live, un show ou une performance qui s'inscrit dans ce genre. Pour l'occasion, nous recevrons Hard Ton : stupéfiante diva à la voix ascendante. C’est un gros gabarit, avec une voix de tête incroyable, dans l’esprit de Jimmy Sommerville. Ses chansons sont un mélange de disco, de house et d’italo. Il est Italien, de Venise, cette invitation est une invitation de coeur. Il correspond à l’esprit Garçon Sauvage explosant les clichés du mainstream. En dernière partie de soirée, nous aurons The Man Inside Corrine, créature parisienne que j’ai déjà invitée une fois et que j’aime beaucoup également. Il a vraiment un style surprenant et personnel.