ELZO DURT : "JE N'AI PAS ENVIE DE M'INTERDIRE D'EXPOSER SOUS PRÉTEXTE D'APPARTENIR À UN CERTAIN MILIEU"
Posté le 06.03.2015
par Loïc Marszalek

Devenu la référence du graphisme underground en Belgique, Elzo Durt, dont vous connaissez forcément le travail (si si, la pochette de Psycho Tropical Berlin de La Femme, c’est lui), s’est lancé dans le graphisme rock’n’roll en 2003, après des études dans le squat bruxellois Recyclart. Rencontre avec cet homme aux mille projets et à qui le label Born Bad doit une bonne partie de son image.

Elzo Durt

Salut Elzo ! Ça fait quoi d'être le lien entre Stephan Eicher, Le Monde, Thee Oh Sees et Carhartt ?

Elzo Durt : (Rires) C’est plutôt valorisant. Je passe mes journées a créer des images avec pour objectif qu’elles soient diffusées, publiées. Que ce soit Eicher, les « Oh Sees », Le Monde ou Carhartt, je suis fier de travailler pour chacun d’entre eux, pour différentes raisons. Je ne travaille jamais pour des gens ou des marques que je ne supporte pas.

En même temps, j’ai envie de travailler donc si ces marques me proposent de chouettes projets ou sujets, ça peut me motiver.

Avec ton exposition Deux Ex Machina, ton travail a pris une autre dimension, s'exposant ailleurs que dans le milieu underground et alternatif. Comment l'as-tu vécu ?

E.D. : C’est moi qui l’ai choisi. J’ai très souvent exposé mes sérigraphies un peu partout, que ce soit dans des librairies, des galeries, des disquaires, ou des squats. J’avais envie de présenter mes images sous une autre forme, dans d’autres formats. J’ai donc été obligé d’adapter les lieux où je les expose pour des raisons pratiques. Et puis, j’ai envie de toucher un public plus large. Dans les réseaux alternatifs, mon travail est désormais connu. J’ai donc envie de le partager à des gens qui vont le découvrir.

Je compte encore exposer mes sérigraphies dans des lieux undergrounds, mais je ne peux pas y exposer mes nouveaux travaux imprimés sur Diasec car c’est un support fragile et plus précieux. Je n’ai pas envie de m’interdire de les exposer sous prétexte d’appartenir à un certain milieu.

La plupart du temps, quand tu crées une pochette d'album, est-ce que tu réponds à une commande ou est-ce que les artistes viennent piocher dans ton travail pour choisir leur visuel, comme a fait John Dwyer de Thee Oh Sees pour Carrion Crawler / The Dream ? Dans le premier cas, quel est ton processus créatif ?

E.D. : Pour l’album de Thee Oh Sees , ça s’est passé de façon un peu particulière. J’ai rencontré John Dwyer à mon vernissage à Dijon. Il m’a acheté plusieurs sérigraphies et m’a dit : « Dès que je rentre de tournée, je te contacte, je veux que ce soit cette image la pochette de mon prochain album ! »

En général, ça ne se passe pas comme ça. Je créé une  image spécialement pour l’artiste. Au préalable nous en discutons, trouvons des pistes et puis je me lance. C’est arrivé très souvent que je recommence du tout au tout une pochette, parce que ce que j’ai proposé à l’artiste ne lui plait pas totalement. Quand je fais une pochette de disque, je veux qu’elle plaise à 100% à l’artiste. C’est quand même l’image qui illustrera sa musique.

La religion du XVIIè siècle, le colonialisme et l'antiquité sont les principales thématiques abordées dans tes oeuvres. Comment ces influences te sont-elles venues ?

E.D. : C’est assez simple. Mon travail est avant tout réalisé par collage. Il me faut donc des documents de base pour travailler. J’ai commencé à travailler énormément avec des gravures anciennes. Automatiquement, je suis tombé sur des images religieuses, antiques… J’aime travailler les gravures,  les transformer, les sortir de leur contexte et de leur donner une nouvelle vie.

En ce moment, j’ai envie d’autre chose. Je cherche de plus en plus de vieux dessins fantastiques, dans des magazines de science-fiction ou des bandes dessinées. J’ai besoin de changement et d'évolution.

Y’a-t-il un artiste avec lequel tu rêves de collaborer ?

E.D. : Jay Reatard… Mais c’est trop tard. J’ai envie de collaborer avec des gens inattendus, de faire de belles rencontres et que cela m’inspire et me donne de nouvelles perspectives.

Penses-tu que tu arriveras à vivre de tes illustrations un jour ?

E.D. : J’en survis pour le moment, mais ça demande beaucoup d’investissements. C’est épuisant, mais passionnant. Et je ne compte pas m’arrêter là !

Elzo Durt