L'ISLANDE, TERRE EXPÉRIMENTALE
Posté le 10.03.2015
par Loïc Marszalek

Il est de ces pays dont la scène musicale est si singulière qu'elle en demeure la spécificité culturelle majeure ; le fait est d'autant plus probant lorsque la population nationale ne dépasse pas celle d'une ville comme Nice. Vous l'aurez compris : c'est la cas de l'Islande, pays qui possède le ratio artistes de talent/habitants le plus élevé au monde.

Islande

Il suffit de jeter un œil aux carrières de Björk et Sigur Rós et à la programmation de l'excellent festival Iceland Airwaves pour comprendre que l'état insulaire de l'Atlantique Nord, bien que possédant la plus faible densité de population en Europe, détient une scène musicale fourmillante et innovante ainsi qu'une touche artistique commune à la majorité de ses musiciens.

Transdisciplinaire et collective, une scène qui fascine et intrigue

David Berndsden est une icône des scènes pop et électroniques islandaises. Connu pour son projet Bernsden avec lequel il plonge dans les sonorités new-wave et les références 80's, il n'hésite pas à laisser tomber son Emulator II pour aller triturer sa boîte à rythmes et balancer des punchlines crados avec Green Panda, projet de hip-hop expérimental. Naviguant entre les sons et les courants musicaux, il est le symbôle même de l’ouverture d’esprit islandaise et de la transdisciplinarité de ses artistes. Si le spectre artistique de Bernsden est moins aérien et se détache de celui de la majorité de ses confrères, il nous a volontiers confié être, lui aussi, influencé par la froideur de l'hiver : « Les paysages islandais inspirent tout le monde. Ici, la noirceur de l'hiver a de grandes répercussions sur la musique. Pendant cette saison, tout le monde s'enferme pour travailler sur sa musique et va chercher l'inspiration dans l'atmosphère de nos campagnes. » Une source d’inspiration commune qui, additionnée à la faible population nationale, rapproche les artistes : « Quand tu commences à beaucoup tourner, quand tu possèdes ton propre studio, tu croises beaucoup de monde et tu deviens amis avec les artistes à qui tu prêtes du matériel et avec qui tu travailles sur des projets divers. Ça aide beaucoup à consolider la scène locale. »

À cette proximité et ce « turnover » artistiques, Ari Allanson et Charlotte Sohm, du festival français Air d’Islande, ont leur explication : « En Islande, il n'y a pas vraiment de marché "d'acheteurs de disques" notamment parce que la population n'est pas très élevée. Du coup, cela laisse une grande liberté de création pour les artistes. (…) Ils jouent aussi beaucoup et toute l'année  dans de nombreux petits lieux de la capitale et chaque musicien a une multitude de groupes. Au festival Iceland Airwaves, il est arrivé qu’un musicien joue dans plus de dix groupes ! Ce turnover couplé au fait qu'ils n'ont pas "besoin" de vendre, à cause du faible marché du disque, participe à cette créativité permanente et à la prolifération des projets expérimentaux. Les islandais aiment de plus en plus ce style de musique et sont sans cesse dans la recherche de nouveaux sons. »

La scène islandaise est donc en permanente effervescence. Les musiques électroniques, comme dans la majorité des pays du continent européen, y occupent une place de plus en plus importante et, si Ari Allanson nous a confié que cette scène était encore « un peu confidentielle », des artistes tels que Kiasmos s’exportent désormais dans le monde entier.

Kiasmos, jeunes seigneurs de la techno islandaise

Si l'on devait ne citer qu'un seul nom en matière de techno islandaise, ce serait naturellement celui de Kiasmos. Et comme la scène islandaise est une grande famille où les projets se font et se défont au fil des rencontres et des affinités, Kiasmos, ce n'est rien d'autre que la réunion d'Ólafur Arnalds, artiste déjà bien connu et reconnu en solo pour sa musique alliant l'électronique au classique, et Janus Rasmussen, leader de Bloodgroup.

Signés sur Erased Tapes (Ólafur Arnalds, Nils Frahm, Michael Price…), le duo a sorti, fin octobre, après avoir fait languir son public quelques années durant, un premier album éponyme regroupant huit titres dont l'excellent Thrown qui fit l'objet d'un premier EP en 2012. Surprenant, classe et à la fois désinvolte, minimaliste et expérimental, Kiasmos ne s'emballe jamais, assumant l'étiquette d'Ambient, et transporte en douceur dans un pointillisme et une perfection qui captivent.

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L’Islande possède donc sa scène électronique. Mais où se rendre à Reykjavik pour se profiter pleinement de l’expérience électronique ? Vous vous doutez bien que l’on a la réponse.

Le Kaffibarinn

Désigné comme l’un des meilleurs clubs d’Europe par The Guardian en 2014, le Kaffibarinn est un lieu auquel Reykjavik doit une partie de sa réputation de « ville créative ». Accueillant des formations rock, jazz, pop ou encore de chants traditionnels en semaine, le petit club se mue, le weekend, en lieu de villégiature pour tous les amateurs de dancefloor chaleureux. Kaffibarinn, qui est parvenu à se défaire de son étiquette de « lieu hype » liée à son ouverture il y a de ça plusieurs années, réussit chaque jour à repousser un peu plus loin les limites du « cool » en créant des ambiances décomplexées.

Et pour l’anecdote : lors de l’ouverture du lieu, Damon Albarn y était un client régulier et les propriétaires du club, dans un élan marketing, lui cédèrent 1% des actions. Le club a depuis été racheté et le leader de Blur et Gorillaz n’y a plus aucun intérêt financier mais n'y voyez pas là une raison de passer à côté de ce lieu.

Kaffibarinn