FÉLICITÉ LANDRIVON : "UNE CADENCE SOUTENUE SOUTENUE M'A PERMIS DE PROGRESSER RAPIDEMENT"
Posté le 27.03.2015
par Lisa Burek

Vous avez sûrement aperçu ses affiches sur les murs lyonnais à l’approche d’un concert à Grrrnd Zero : Félicité Landrivon se cache derrière le graphisme alternatif de soirées underground lyonnaises. Elle nous parle de son travail, discute de ses créations, nous confie ses influences et ses inspirations. Felicitonlandrive

“J'ai commencé à faire des affiches de concerts organisés à Grrrnd Zero il y a 6 ans (et aussi un peu au Sonic, Buffet Froid, Triperie, Data à Marseille...). Esthétiquement parlant, je n'en assume quasiment plus aucune aujourd'hui mais c'était mon premier contact avec une quelconque forme de graphisme. J'ai été amenée à en faire de plus en plus, en particulier depuis mon retour à Lyon en 2013, après quelques années d'études à droite et à gauche. C'est difficile de se renouveler lorsque l'on produit beaucoup. On peut trouver très médiocres des choses que l'on a faites dans l'urgence deux mois avant. En même temps, j'ai l'impression que travailler à une cadence soutenue m'a permis de progresser rapidement, de trouver un équilibre entre exotisme, identité et rigolade : de trouver ma patte. Je fais des affiches pour des concerts "non-commerciaux" organisés par des amis et/ou parfois moi-même dans des conditions spartiates, où l'on offre un minimum de convivialité : les gens peuvent rentrer même si ils n'ont pas assez d'argent, amener leurs boissons si ils n'ont pas les moyens de consommer au bar. Ils ne sont pas fouillés et sont encouragés à s'impliquer. J'ai fait ma première affiche pour GZ après m'y être rendue trois fois.

J'ai, pour le moment, renoncé au dessin car cela me frustre. Je fais exclusivement des compositions typographiques et des collages/montages qui brassent différentes matières, des symboles et images plus ou moins débiles que je télécharge sur internet et entasse dans des dossiers de plus en plus obèses. Donc je zone beaucoup sur Google Images ou sur des Tumblr que je suis. C'est une astuce simple pour transformer la procrastination en "travail" ou "recherche". Et comme n'importe quel amateur d'images, j'ai un bon stock de bouquins et revues d'histoires, de biologie, d'ésotérisme qui ne demandent qu'à être scannées, mais j'ai la flemme de le faire régulièrement car cela demande deux ou trois opérations vaguement complexes.

Je suis autant embarrassée par une affiche hyper littérale qui reproduit visuellement tous les poncifs attachés à un certain genre musical (sauf si l'on maîtrise suffisamment les codes pour s'en distancier) que par une affiche tellement à côté de la plaque que celui ou celle qui l'a faite n'a manifestement pas écouté les groupes qu’il met en avant. C'est une erreur que j'ai déjà pu commettre plus d'une fois. Dans les deux cas, l'affiche ne fait pas vraiment son boulot que ce soit envers le public dédié ou envers ceux qui n'en font pas partie. Dans le milieu DIY/alternatif/non-dogmatique, je fantasme sans doute l'affiche et le flyer comme quelque chose d'un peu oecuménique qui puisse toucher, à la fois dans le visuel et le discours, un public aussi varié que possible, au même titre qu'une entrée à prix libre.

Je suis fan du travail de Shawn Reed, qui gère le super label Night People. Il conçoit et sérigraphie chaque pochette de disque et de cassette qu'il sort. Ça ne se prétend pas très original graphiquement, mais il est tellement efficace et constant dans la qualité de ses compositions que j'aimerais que le monde entier puisse s'en rendre compte. Son travail m'a aussi fait découvrir des graphistes japonais comme Tadanori Yokoo. Johann Kauth est aussi assez fort dans son genre, tant en dessin qu'en typographie et en couleur. Et pour du travail exclusivement typographique, je jette parfois un oeil aux affiches de Todeschini et Mamie.“

Felicité