LYL RADIO : "NOUS SOMMES DES AMATEURS (...) MAIS AVEC DES EXIGENCES DE PROFESSIONNELS"
Posté le 28.03.2015
par Maxence Grugier

Si vous vous êtes rendu au Mirage Festival (arts, innovation et cultures numériques) le mois dernier, vous avez peut-être remarqué un étrange studio réalisant des interviews d’artistes en direct à la Galerie des Terreaux à Lyon. Il s’agissait de LYL Radio, une webradio pas comme les autres, dont les implications sur le web valent bien les investissements dans le réel : concerts, conférences, et sessions radio évidemment. LYL s’investit dans tous les territoires de la création contemporaine tout en cultivant une esthétique remarquable et forte. Rencontre avec les instigateurs de ce projet indépendant de qualité.

LYL Radio

Lucas Bouissou : « Nous avons commencé en tant que LYL en juillet 2014. Les sessions radiophoniques en extérieur étaient au départ le seul moyen que nous avions d’exister, puisque nous n’avions pas de local. C’est pourquoi nous avons commencé chez des disquaires. Cela semblait tout indiqué. Il y a du passage et de la musique. La première eut lieu Chez Emile. Nous y invitions des artistes à venir faire des émissions radio diffusées en direct et ensuite disponibles sur internet. C'est une démarche que nous allons poursuivre, même si nous avons un local aujourd’hui. C’est un principe que nous aimons, cela nous permet d’investir la ville, car nous avons également la volonté d’être un projet lyonnais. Nous avons beau avoir tous des parcours différents, fait nos études ailleurs, voyagé... Nous sommes aujourd’hui à Lyon et c’est important. De la même manière, il est important pour nous de représenter certaines musiques dans la ville : les musiques contemporaines, expérimentales, etc. ce sont des courants peu représentés à Lyon et nous voulions les partager. Notre projet radio est pluridisciplinaire : tous les genres sont représentés. Les concerts quand à eux sont plutôt centré actuellement sur la noise, l’avant-garde et les expériences : toujours des styles peu représentés localement. »

Simon Debarbieux : « Le fait d’investir des lieux comme les disquaires, Chez Emile ou Groovedge, était aussi important en matière de relation avec le public. C’est quasiment un choix politique. L’espace du studio est un espace confiné, uniquement accessible aux personnes qui animent une émission. Là, nous entrions en connexion avec les gens. Des artistes intervenaient en direct et finissaient par faire des petits concerts. C’est ce côté spontané, cet échange direct que nous aimons. Et c’est aussi pour cela que nous allons continuer ce format. »

Lucas : « J’ai choisi le nom de LYL parce que je savais que ce projet allait drainer beaucoup de monde à des niveaux différents. Je voulais le nom le plus ouvert possible, que chacun se fasse son idée. La plus juste des propositions était donc une « non-proposition ». Il s’agissait de se dégager du projet en tant que « fondateur », pour laisser entrer les autres. Graphiquement, les lettres sont assez belles aussi. Imaginées en majuscules elles évoquent des glyphes et des symboles anciens. Tout le monde y met ce qu’il veut. C’est presque une démarche bouddhiste, d’effacement. Une démarche que je rapprocherais de celle de John Cage par rapport à la musique, par exemple, mais aussi des pionniers de la techno, les gens de Underground Resistance ou Mad Mike, qui avançaient masqués ».

« Dès le départ nous avons eu la volonté de diffuser cette radio par différents médias ; par le son d’abord –dans ce cas-là nous aimons abolir le visuel – mais nous souhaitions parallèlement avoir des supports matériels. Beaucoup de disciplines artistiques m’intéressent, parmi lesquels le graphisme. Il était important pour nous de communiquer auprès du plus grand nombre par des voies différentes. J’y ai beaucoup réfléchi et, ensemble, avec Simon (Debarbieux, NDA) et Nicolas Pauly, nous sommes arrivés à la conclusion que le minimalisme, l’épure, à l’aide de la typographie et le travail sur les polices de caractères était le plus pertinent. Pour les flyers accompagnés d’un CD (gratuit), il s’agissait de montrer notre volonté de faire découvrir certaines musiques à Lyon, afin de valoriser le son, ainsi que l’image de la radio. Un support qui marque un moment. »

Simon : « Nous avions aussi la volonté de faire de beaux objets, de sortir du flyer classique distribué à 4000 exemplaires. Nous préférons investir un peu plus et en tirer 150 mais que cela reste un objet symbolique pour les amateurs de musique. C’est une démarche très pensée. Elle propose une approche différente de la musique, qui permet de découvrir un artiste avant ou après le concert. »

LYL Radio

Nicolas Pauly : « Je suis graphiste. J’ai fait mes études en partie à Lyon et également en Suisse, à Lausanne. Je m’intéresse particulièrement à la typographie. J’aime ce vecteur d’expression. Il utilise des lettres pour faire ressentir des émotions ou naitre des images. On peut jouer sur le sens, sans vraiment écrire des mots. J’étais ravi de rencontrer Lucas et Simon parce qu’ils évoluent dans le monde de la musique, qui me passionne, mais aussi dans le monde de l’image et de la communication. Lucas et moi avions des idées communes concernant la communication graphique autour de LYL. Nous avions envie de faire des choses plus abstraites et moins illustratives. Expérimenter avec le langage, les mots. La typographie est le médium idéal pour nous. Il y a beaucoup de choses qui se font à Lyon dans cet esprit, autour du Sucre ou du festival Mirage. C’est intéressant. Cela laisse moins de place aux images et plus à l’interprétation. »

Lucas : « La radio proprement dite, dans les nouveaux locaux que nous avons investis depuis deux mois, va commencer début avril. Notre objectif est de produire en toute indépendance quelque chose de pro. Il faut bien garder en tête que nous sommes des amateurs, des passionnés, des autodidactes pour la plupart, mais avec des exigences de professionnels. Pour nous c’est très important. Notre objectif est d’avoir huit heures de programmes nouveaux par jour d’ici peu. Cela tournera en continu. Il y aura également des rediffusions. Le tout 24/24. »

LYL Radio