TADEO : "LA MUSIQUE N'EST PAS DE LA JUNK-FOOD"
Posté le 07.04.2015
par Lisa Burek

Depuis une dizaine d'années, Miguel Sar, alias Tadeo, évolue dans le monde de la techno, travaillant au corps ses textures musicales – du sombre, de l'intense, du sauvage. De son anecdote croate à ses techniques de mixage, l'artiste espagnol se livre à nous.

Tadeo

Ta musique est souvent décrite comme une combinaison du meilleur de Détroit et Chicago avec des sonorités avant-gardistes. Comment prépares-tu tes DJ set ?

À vrai dire, je ne sais jamais ce que je vais passer dans un DJ set. J'ai juste ma valise avec ma musique classée par genre et par artiste. Mais je ne sais jamais quel est le premier son que je vais passer. Cela me force à lier deux morceaux qui n'étaient pas destinés à être mixés ensemble. Et c'est là toute la magie. Un DJ set, c'est transmettre tes idées au public de la meilleure façon possible. C'est avoir l'opportunité de lui faire ressentir quelque chose de nouveau.

Ton meilleur souvenir de live ou une anecdote particulière pendant l'une de tes tournées ?

Maintenant j'en ris... Mais je me rappelle avoir joué une fois dans un festival, en Croatie. Mon promoteur et mon conducteur ont tout simplement disparu. Personne ne m'a payé et j'ai dû me rendre moi-même à l'aéroport qui était à environ 200km de là. J'ai dû acheter un nouveau vol pour rentrer chez moi parce que j'avais perdu mon billet d'avion. J’ai même dormi sur le sol de cet aéroport parce qu'il n'y avait plus de chambres disponibles dans les hôtels aux alentours.

Sinon, mon meilleur souvenir a été ma première visite au Japon où j'ai joué au Womb, à Tokyo. Les différences entre les cultures japonaises et occidentales sont incroyables. J'aimerais beaucoup revivre cette expérience.

Tu as plus de 10 ans d'expérience dans la musique. Qu’est-ce qui a changé depuis tes débuts ?

Tout a changé et pas seulement dans le monde de la techno. Le plus gros changement est sans doute l'ère digitale. Maintenant, tu peux tout avoir chez toi, instantanément. Je ne pense pas que ce soit une bonne chose parce que chaque musique a besoin de sa propre réflexion et compréhension. Avant, quand on trouvait un morceau qui était dur à avoir, le sentiment qui en découlait était unique. Quand tu te rendais chez le disquaire, tu en sortais content. Tu courais chez toi pour écouter tes trouvailles. Sur le chemin du retour, tu regardais le label, lisais les crédits, découvrais qui était derrière le morceau et imaginais comment tu pourrais le mixer avec un autre son. C'est comme ça que ça se passait...

Ça te forçait à t'interroger sur le fait de vraiment désirer ce disque ou pas, à patienter. La musique n'est pas de la junk-food. Aujourd’hui, combien de gens vont chez le disquaire et en sortent avec ce sentiment ?

Comment ça se passe du côté de la scène techno en Espagne ? On sent comme un renouveau.

Certes, la techno en Espagne a vécu son âge d'or dans les 90’s, mais aujourd'hui, beaucoup de gens font aussi du bon travail. On a de très bons producteurs et DJs comme Aiken, Psyk, Oscar Mulero... Le problème est que, à l'exception de quelques artistes, beaucoup d'autres sont inconnus ou, dans le meilleur des cas, sous-estimés. Si je devais nommer quelqu'un qui fait bouger les choses dans le monde de la techno, en particulier à Madrid, je citerais Sabino Gonzalez avec son Cassette Club. Il révèle les jeunes artistes qui vont compter, d'Espagne et d'ailleurs. Il ne gagne pas toujours mais ça enrichie considérablement la scène musicale de la ville.

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Artiste, DJ, producteur... Et ensuite ?

Compositeur ! J'apprends actuellement à composer des musiques de film. Je ne sais pas si ça fait partie d'un objectif sur le long-terme, mais je sais que c'est quelque chose qui m’ouvrira d'autres opportunités pour traduire mes nouvelles idées.