DOLDRUMS : CAUCHEMAR CLIMATISÉ SOUS FORME D'ÉLECTRO-INDUS-POP-DUBSTEP
Posté le 20.04.2015
par Maxence Grugier

Poursuivant son travail d’ouverture tous azimut, le label Sub Pop passe du statut d’ex-fief du grunge à celui de porte étendard de notre (post) modernité en signant le second album de Doldrums, Air Conditioned Nightmare. L'opus réunit de nombreuses sensibilités contemporaines tout en développant une identité forte. Un pari audacieux à l’heure des crossovers foutraques, mais un pari réussi !

Doldrums

Alors que Doldrums, projet Montréalais dirigé par le tout jeune Airick Woodhead, sort son nouvel album, on se dit que le successeur de Lesser Evil (paru sur le confidentiel label Souterrain Transmissions) est doublement ambitieux. En effet, plus encore que son prédécesseur, Air Conditioned Nightmare tente (et réussit) l’ultime réconciliation ; celle des genres qui hantent notre époque et qui pourraient sembler tout à fait antinomiques pris séparément.

Air Conditioned Nightmare - dont le titre s’inspire d’un fameux recueil de textes de l’écrivain américain Henri Miller – est un album qui s’empare tout d'abord des thèmes pop par ses hymnes mellow, souvent mélancoliques mais surtout profondément mélodiques (« Funeral For Lighthing », « We Awake », « Loops », « Closer 2 U »). Airick Woodhead s’aventure là où peu de producteurs actuels osent poser leurs pas : un lieu où mélodie ne rime pas forcément avec harmonie, mais qui trouve pourtant parfaitement son équilibre au sein d’un apparent chaos. L’électro (au sens large) vient ensuite, avec une touche de sonorités industrielles et de funk, sur des rythmes souvent lourds et un staccato épileptique (« Hotfoot », « Industry City », « My Friend Simjen »). En cela, ce second long format évoque parfois le croisement improbable des vétérans de Cabaret Voltaire et du psychédélisme 2.0 de Panda Bear. Le spectre dubstep aussi plane sur tout l'album : les basses massives, et les distorsions rythmiques accompagnent quasiment tous les morceaux de cette oeuvre qui s'apparente à un cauchemar éveillé contemporain.

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Au milieu de l’album, comme un manifeste, on trouve la ballade en clair obscur influencée 80’s « Video Hostage », histoire de bien signifier que si l’homme a définitivement tourné la page de son animalité et coupé tous liens avec la nature, c’est en parti de notre faute. Nous sommes les otages de nos propres scénarios, les héros fantasmés de nos propres vidéos. En cela aussi ce diable d’album est novateur : il fait danser sur des idées tristes, mais il apporte également sa dose d’innovation et donc, paradoxalement, d’excitation positive. Pris entre le marteau et l’enclume, l’humanité elle, est bien passée de l’autre côté, dans un monde où tout, même – et surtout – la beauté et les sentiments, ont été kidnappés par la technologie.