AURO FOXCROFT : "LE VILLAGE UNDERGROUND EST UN ÉCOSYSTÈME"
Posté le 28.04.2015
par Lisa Burek

Dans le quartier de Shoreditch, à l'est de Londres, des wagons de trains complètement tagués sont empilés sur le toit d'un bâtiment de style victorien : c'est le Village Underground. À l'intérieur fourmillent musiciens, graphistes, photographes, comédiens... Haut-lieu de la culture alternative londonienne depuis 2007, nous avons discuté avec son créateur, Auro Foxcroft.

Auro Foxcroft

Des rames de métro sur un toit pour en faire des espaces de travail... Ça vient d'où, cette idée, Auro ?

J'ai fait des études de design et, quand j'ai voulu trouver un studio pour travailler, les prix à Londres étaient exorbitants (et le sont toujours). J'ai donc décidé de créer mon propre studio. C'est comme ça que j'ai eu l'idée de recycler ces wagons. J'ai acheté les rames à l'agence de transport London Underground. On les a ensuite déplacées en campagne pour travailler sur leur aménagement. On les a ensuite ramenées à Londres et on a trouvé cet entrepôt de style victorien, à l'extrémité d'un ancien viaduc romain. Il était abandonné depuis 20 ou 30 ans... On a d'abord investit le toit puis réaménagé l'espace entier.

Le choix du quartier n'est pas anodin. Même à la place de cet entrepôt se tenait le National Standard Theatre. Un héritage, un prix alléchant ?

J'ai cherché dans toute la ville, mais c'est le seul endroit qui a pu aboutir à quelque chose. Après avoir commencé le projet, on a découvert qu'il y avait toute une histoire derrière cet endroit. Il s'avère qu'à l'époque pré-romaine, les païens se réunissaient ici pour leurs cultes et cérémonies, puis les Romains et leur viaduc... A quelques mètres de là, dans le quartier, en 1577, il y avait même le fameux « Curtain Theater » que Shakespeare fréquentait, etc. Je pense que c'est le lieu qui nous a trouvé et non nous qui avons trouvé le lieu.

Je ne suis pas pour la gentrification. Mais il faut savoir qu'ici il y a ce que l'on appelle les « Cockneys » (terme qui désigne, de manière générale, la working-class de l'est londonien – ndlr). Et du point de vue de la municipalité, la gentrification permet d'élever le niveau de vie. C'est sûr, pour les gens qui sont obligés de partir, ça craint. Mais je crois que c'est inévitable.

Quel est l'esprit du Village Underground ?

Nous sommes un écosystème. Nous avons beaucoup de personnes différentes qui travaillent ici avec une grande diversité de formes d'arts... On fait partie d'un grand réseau d'organisation à but non lucratifs. Au début, on était seulement deux : mon frère et moi. Maintenant, on est à peu près une cinquantaine de personnes à travailler. Je pense qu'en commençant à faire un travail pour lequel tu crois, ça attire forcément du monde. Il y a les projets du « Wall » (projet de street art sur les murs du bâtiments appelé « London's most public gallery » qui a récolté 33, 277$ avec Kickstarter, soit 103% de l'objectif - ndlr) qui a une résonance internationale. Les artistes du monde entier défilent dans le Village. Ça fait partie de l'écosystème : une personne t'amènes à une autre personne et ainsi de suite.

Le Village a t-il donné lieu à d'autres « écosystèmes » comme celui-là ? D'autres projets sont-ils en cours ?

Oui, on recherche constamment de nouveaux lieux pour développer nos projets. En ce qui concerne l'écosystème, je travaille également avec Trans Europes Halles. C'est une organisation européenne qui réunit des associations, collectifs, lieux de cultures indépendantes proposant, sous un même toit, différentes formes artistiques. C'est totalement dans l'esprit du Village. On a l'occasion de discuter avec des personnes de toute l'Europe sur la culture alternative et nos idées.