LES EFFETS NÉFASTES DE LA GENTRIFICATION SUR LA CLUB CULTURE ET LA CRÉATIVITÉ
Posté le 03.05.2015
par Maxence Grugier

New York, Berlin, Londres, Washington DC, Paris, toutes les villes emblématiques de la club culture font actuellement face à une crise sans précédent. Initialement - et généralement - implantés dans les quartiers les moins favorisés des grandes villes, les clubs subissent de plein fouet la bulle immobilière et la gentrification des quartiers dans lesquels ils sont implantés.  Enquête sur un problème général qui risque d’amoindrir l’offre culturelle globale.

Gentrification

Les espaces dédiés à la création et à la diffusion culturelle sont en crise. Les grandes cités qui bénéficient généralement de lieux en friche et d’espaces inoccupés investissent massivement ces interzones, y construisant de nouveaux logements, des multiplexes et des centres commerciaux, chassant les clubs, galeries d’art et ateliers. A Londres, Paris, Genève, New York ou Berlin, les artistes sont refoulés hors de quartiers, pourtant longtemps abandonnés, qui s’étaient imposés comme des pôles de créativité et de diffusion inédits et pluriels. Alléchées par l’offre immobilière, les institutions, les sociétés privées et les municipalités voient désormais dans ces « non-lieux » – entrepôts, usines désaffectées, théâtres abandonnés, friches industrielles - une aubaine pour le développement commercial. Une tendance qui, sous couvert de développement, impose malheureusement une uniformisation généralisée de l’offre culturelle, quand ça n’est pas sa disparition pure et simple.

La « branchitude » des quartiers, un bien pour un mal

Ce phénomène n’est pas uniquement institutionnel ou politique. Les citoyens et les habitants des grandes villes, souhaitant vivre dans un espace harmonieux et propice au « mieux vivre », luttent contre les patrons de clubs et les lieux de création autogérés (Squats artistiques, friches créatives, etc.) Avec l’arrivée massive de jeunes couples aisés (souvent avec enfants) et vecteur de gentrification, les clubs ouverts toute la nuit sont mal vus. Les lieux de création indépendants également. Sous le prétexte qu’ils attirent toute une population « en marge » et une foule d’artistes pas toujours identifiables, les lieux et endroits auparavant privilégiés de l’expression de la culture urbaine (graf, danse, block party, festivals, performances, marchés spontanés, clubs, bars et boutiques éphémères, etc.) se voient obligés de fermer leurs portes sous la pression de lois de plus en plus liberticides et autoritaires. Étrangement, ce phénomène est accompagné du soutien d’une partie de la population jeune et aisée des villes, qui est d’accord pour sortir, mais ne souhaite pas voir ces lieux de vies nocturnes envahir leurs quartiers.

Les places fortes de la club culture menacées de fermeture

Qu’il s’agisse de l’Usine à Genève ou du Berghain à Berlin, sans parler des multiples clubs à New York, Londres ou Washington DC, les lieux privilégiés du monde de la nuit voient leur futur compromis. En 2012, le mythique Club Berghain subissait les pressions de la GEMA (équivalent allemand de notre SACEM) et a bien failli fermer ses portes. Heureusement, les autorités allemandes - contrairement à leurs homologues britanniques – reconnaissent les contributions financières et culturelles de la club culture. A Londres et Paris, la situation est plus tendue, et il ne se passe pas un mois sans que des clubs se voient saisis de fermeture. De fait, nos villes sont belles, plus faciles à vivre et New York en est l’exemple parfait. Parfait dans les deux sens : il est plus aisé de vivre à New york, les rues sont plus sûres, mais le coût de la vie y est également insensé et l’offre culturelle, hors musée et institution, y est devenue quasi-nulle. Souhaitons que cela s’arrête, sans quoi le phénomène risque de s’inverser, et les grandes cités verront leur jeunesse s’en aller.