Rencontre avec Braneslav, D.A du Drugstore
Posté le 02.06.2016
par Maryne Rohrbach

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On a rencontré Braneslav, directeur artistique du club Drugstore de Belgrade, invité sur Trans Europe Express.

Crée en 2012, Drugstore est peut être l'un des lieux les plus atypiques de notre TransEurope Express. Situé dans une warehouse qui abritait un ancien abattoir, il est considéré comme le temple de la Dark-techno en Serbie. Son mot d'ordre « Underground night club is an understatement ».

Pour commencer, pourrais tu nous présenter brièvement le Drugstore? Comment ce projet de club est-il né et pourquoi avoir choisi ce genre d’endroit ? (Ancien abattoir)

Drugstore a été fondé il y a quatre ans, en tant que galerie / centre culturel indépendant. Depuis, le lieu a fait beaucoup de chemin, et l’un des changements majeurs fût lorsque l’équipe du « Bivsi » (un bar très connu à Belgrade) a repris la logistique et la programmation du lieu. A ce moment là, nous étions sur une vraie réflexion autour des « musiques de club » et de ses déclinaisons expérimentales. Le lieu actuel est notre second lieu, son architecture a fortement influencé la musique et son développement. La baseline « Cathédrale de la techno » n’a pas été planifiée, l'endroit nous a en quelque sorte trouvé plus que nous l'avons trouvé.

J’ai entendu dire que vous aviez beaucoup de difficultés a avoir l’aide du gouvernement dans votre pays, comment arrives-tu a garder le club « à flot » avec la crise?

Obtenir l’'aide du gouvernement ressemble à un drôle d’extrait du film Zardoz. Garder le navire à flot relève d’une véritable gymnastique de l'esprit, où vous dansez sur un fil en évitant les sangsues corrompues de la ville. On essaie d'avoir une programmation de qualité, et ce autant que possible sans omettre quelques événements plus « commerciaux » pour compenser les pertes que l’on fait en route. Beaucoup de gens s’investissent dans notre projet, mais comme il n'y a pas d'aide systématique pour ce genre d'entreprises culturelles, nous sommes vraiment dépendants de l'enthousiasme des gens.

Avez-vous une scène techno développée a Belgrade ?

La scène techno peut sembler énorme à Belgrade mais elle ne l’est pas tant que ça. Avec tous les changements qu’a connu le pays, nous avons toujours besoin de comprendre que nous sommes encore situés à la marge, aussi parce que la scène techno est révolue, soigneusement orchestrée aujourd’hui dans une industrie globale et où le capital a le dernier mot. Nous sommes dominés par d’énormes sponsors. Avec Drugstore, nous essayons d’être au plus proche du message originel de la musique et de ce qu’elle renvoie. Les gens nous suivent et se détournent progressivement des standards marketings et mainstream.

Pourquoi avoir choisi Peter Van Hoesen pour votre programmation au Sucre ?

J’ai eu l’opportunité d’accueillir Peter lors de l’édition du Resonate Festival à Belgrade. Il transmet à la perfection notre vision des choses, ce que l’on souhaite montrer à Drugstore. Il peut à la fois vous surprendre à la manière d’un digger et délivrer une sélection techno ultra pointue.

Votre club est considéré comme le temple de la Dark-techno, es-tu d’accord avec ça ?

Comme je l’ai dit précédemment, nous faisons corps avec l’architecture du lieu. Si nous n’étions pas basé dans ce lieu (géographiquement et politiquement), celait aurait été un sacré challenge. Il y a encore tellement de choses que j’aimerai créer dans ce lieu, mais cela ne pourra pas arriver tant que la politique culturelle de notre pays n’aura pas changé.

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Quel est ton meilleur événement au Drugstore ?

Cette question est archi difficile ! Il y a eu plein d’événements vraiment fous mais celui que j’ai trouvé vraiment spécial était celui avec Senyawa la saison dernière, il jouait avec Lichens, Yuri Landman et le Revelateur.

Quelle est la chose la plus drôle qui soit arrivée dans le club ?

Notre club est une communauté de vieux et de nouveaux amis, il me rappelle parfois les voyages scolaires : il y a toujours du mouvement. C’est toujours drôle de voir comment les gens - que je connais de différents milieux sociaux - agissent dans un environnement nouveau. Les moments les plus drôles sont certainement lors des moments de travail collaboratif, notamment lorsque nous avons besoin d’un coup de main pour des travaux physiques. Quand quelqu'un se met à tenir un outil de jardin, alors que vous l'aviez toujours vu un cocktail à la main, cela relève d'une forme d'aventure !