C. Sen
Urban Pias
Paris - France
Dernières dates au Sucre
26.07.2018

On a coutume de présenter le rappeur C.Sen comme l’un des secrets les mieux gardés du rap français. Parce qu’à bientôt 40 ans, Pierre Cessein ne semble pas avoir eu la carrière que sa plume méritait, mais aussi parce que ses origines géographiques épousent parfaitement cette image. C’est un enfant du XVIIIe arrondissement de Paris, terreau d’un rap à l’écriture précise et sociale (Assassin et la Scred Connexion en sont issus) bercé par le graff et les figures de styles, mais c’est aussi la grande place d’un rap qui n’a pour seule ambition que de servir son art, quitte à avancer dans l’ombre.

Au sein de cet underground établi et célébré, C.Sen a, lui, décidé de faire un pas de côté : toujours imbibé de l’écriture poétique et réaliste de son arrondissement, ce rappeur et graffeur a graduellement décidé d’explorer d’autres univers musicaux, à l’image de son deuxième album, le Tunnel (2013), qui alternait entre clins d’œil à la musique électronique et notes d’accordéon échappées du métro parisien. Dans Vertiges, son nouveau disque, entièrement réalisé en compagnie du producteur Keno, C.Sen livre un bilan de quatre années douces-amères, où l’on devine qu’une séparation (Entière) et la perte d’un proche (Tu me manques) sont venues gâcher la fête.

Avec sa pochette lumineuse, ses productions modernes et aériennes, ainsi que ses textes plus mélancoliques que fatalistes, Vertiges n’est pas non plus une œuvre intégralement sombre. C.Sen continue de regarder vers l’avenir en célébrant les nuits sans sommeil et les amours éphémères (Bons vivants, la Lune ou la Nuit) sans perdre de vue les réalités de son environnement. Comme tout rappeur parisien, il tente de raconter sa ville en essayant aussi d’y évoquer sa vie. Pas une mince affaire, mais une franche réussite. C’est bien là tout l’art de ce funambule.

(Libération)