Vladimir Ivkovic : Rave lucide
Posté le 12.09.2017
par Clément Bernard-Skalecki

Vendredi 15 septembre, le toit reçoit Vladimir Ivkovic, DJ yougoslave très en vue depuis quelques temps, notamment grâce à sa résidence au Salon des Amateurs. Le Sucre a pu lui parler pour en savoir plus sur cet artiste encore méconnu en France, mais plus pour très longtemps...

— Hallo Vladimir ! Que peux-tu nous dire de ton background musical, comment es-tu devenu DJ ? Quelles sont tes influences ou les artistes qui t'inspirent ?

Je suis né et j'ai grandi à Belgrade en Yougoslavie, au milieu des blocs et des murs entre l'Est et l'Ouest, à une époque de créativité intense en termes d'arts, de musique et de culture. Dans les années 80, j'ai été exposé au meilleur et au pire de ces deux mondes qui nous entouraient. J'entendais beaucoup de musique intéressante, mais ce qui a surtout construit mon intérêt dans le fait de jouer des disques, ça a été principalement un ami très proche de ma famille qui était propriétaire d'une discothèque. Quand j'étais jeune, chaque fois que je lui rendais visite, il me laissait jouer ces segments de musique lente et émotionnelle, qui permettait aux gens de boire un verre, regarder autour d'eux... Il mettait une pile de 7" à côté des platines et je les jouais, c'était drôle de voir ce qu'il se passait avec certaines chansons. Les influences et les inspirations, elles viennent des gens qui m'entourent, des âmes-soeurs, des rêves, de la musique, du transitoire...

— Comment décrirais-tu l'esthétique musicale que tu cherches à promouvoir ? 

Je ne cherche pas à promouvoir une certaine esthétique musicale, ça ne m'intéresse pas. Je perçois la musique que je joue comme la bande-son d'une randonnée imaginaire, qui serait d'une certaine façon dansante dans le contexte d'un club. Si quelqu'un cherchait à définir cette musique, c'est plus l'idée d'honnêteté qui m'intéresse plutôt qu'une quelconque esthétique musicale.



— Tu as été résident au Salon des Amateurs, l'une des institutions les plus respectées en Europe. Peux-tu nous parler de l'atmosphère qui existe dans ce club ? Et plus généralement à Düsseldorf, une ville très importante dans l'histoire de la musique avec Kraftwerk, Neu! et bien d'autres ?

C'est une vibe très émotionnelle et intense, le mélange assez spécifique de la musique, de comment elle est jouée, de l'espace (Salon des Amateurs est plus un bar-lounge dansant qu'un club à proprement parler), de la façon dont les gens vont et viennent durant la nuit. Les gens entrent et repartent, et la combinaison de ces énergies est plutôt intéressante. 

Nous sommes au courant de l'histoire musicale de Düsseldorf, mais il y a beaucoup trop de nouvelles choses intéressantes qui s'y passent et qui nous éloignent de ce musée imaginaire : Toulouse Low Trax, Jan Schulte et tous ses projets, Themes For Great Cities, Stabil Elite, Die wilde Jagd... pour ne citer qu'eux.



— Il semble y avoir une connexion spécifique entre la scène lyonnaise et celle de Düsseldorf, avec par exemple les Pilotwings qui te citent comme source d'inspiration. Peux-tu nous parler de ces liens ?

On se connaît avec les artistes de Lyon et leurs amis, ils forment une bande de personnes tellement drôles et talentueuses. Les Pilotwings, Sacha Mambo LYL (...), j'ai tellement d'amour et d'admiration pour eux. 

— Que peux tu nous dire de Jan Schulte, qui a récemment joué au Sucre ?

C'est d'abord un grand être humain, et aussi un artiste talentueux qui a déjà une production tellement dense et intéressante. J'ai vraiment hâte de découvrir le résultat de sa curiosité, de ses explorations et de son humour. C'est un vrai plaisir de le connaître. 

— Quels sont tes projets futurs ?

Mes principaux "projets" cette année sont la sortie d'un 12" de Toresch sur mon label Offen ainsi qu'un album qui n'est jamais sorti jusque-là : Suba de Mitar Subotic, enregistré à Sao Paulo en 1995. Je vais aussi jouer au Canada et en Australie pour la première fois, mais j'imagine que ça ne compte pas vraiment comme des "projets".