Family Atlantica
Soundway Records
Londres, Angleterre
Dernières dates au Sucre
07.03.2015

“Elle nous crie à pleine voix, avec un formidable sens du rythme, des chansons des faubourgs au goût tour à tour de cour d’immeuble, de raffinerie de sucre, d’échoppe de Chinois ou de fête abakua.” Ces lignes de l’écrivain cubain Alejo Carpentier à propos de sa compatriote Rita Montaner datent de la fin des années 1920. Mais elles pourraient aussi bien s’appliquer au style de la chanteuse Luzmira Zerpa, qui reprend aujourd’huiEl Manisero, popularisé à New York et Paris dès 1928 par cette Rita de Cuba, qui en fit le premier tube de l’histoire de la musique tropicale (The Peanut Vendor, en anglais, sera par la suite interprété par Louis Armstrong, Mistinguett et même les Beatles).

Si Luzmira Zerpa a les qualités d’une grande chanteuse latine, sa version d’El Manisero avec le groupe Family Atlantica relève la chanson de breaks funk et de cocottes de guitare africaine. Une mise à jour légitime quand on sait que le morceau est aussi depuis belle lurette un standard en Afrique de l’Ouest. Luzmira, quant à elle, vient du Venezuela, via l’Angleterre, où elle a rencontré il y a dix ans son compagnon Jack Yglesias, producteur de Family Atlantica.

Ensemble, ils conçoivent une aventure dont l’idée est d’intégrer le Venezuela sur la carte des musiques actuelles. Au duo originel s’est greffé le percussionniste d’origine nigériane et ghanéenne Kwame Crentsil, constituant un noyau dur à l’image des trois continents qui bordent l’Atlantique. Outre ses invités de marque (le prince de l’éthio-jazz Mulatu Astatke, le groupe de rumba cubaine Yoruba Andabo), les sessions de l’album ont vu passer un collectif de musiciens aussi bigarré que son instrumentation, avec kora, guembri, guitare électrique, violon, violoncelle et percussions en tout genre. Sa réalisation a aussi poussé Luzmira et Jack à voyager avec leurs micros, pour capter in situ les tambours et chants traditionnels du tamunangue dans le village de Sanare où Luzmira a grandi, sur les contreforts des Andes vénézuéliennes. On entend la voix du père de la chanteuse surTamunangue Blues, tandis que le fils de son union avec Jack, né au cours de l’enregistrement, fait une apparition furtive sur Gaíta psychedelica.